Quand le trek devient trac’…

 

 

Joël Collado est un homme de parole, qu’on se le dise. La Vérité étant une et sainte, Louise Bourguin et Jacques Kessler prophétisent la même guigne: il fera maussade ce week-end, parole de stratoponte…

Impossible pourtant de se résoudre à ces pronostics pour le moins décourageants. Un trek – bien grand mot pour une simple promenade dominicale – ne s’annule pas dans l’urgence. Les pôles auraient-ils jamais étés colonisés si l’humanité, emmitouflée sous le Gore-Tex d’Hillary, s’était fiée à des flashes météo aussi lunatiques qu’opportunistes? Que serait-il advenu de nos compatriotes s’ils avaient cru à la réconfortante parole de Noël Mamère, bras armé de la propagande du Service Central de Protection contre les Rayonnements Ionisants (SCPRI), assurant que le nuage Tchernobylesque s’était “miraculeusement arrêté aux frontières de l’hexagone”?…

Avant les pics des Ecrins, un obstacle immense s’élève encore: la route des Alpes. 268 km de bitume à avaler avant de pourvoir affronter les éléments. Conscients de l’effort à fournir, nous décidons de nous économiser: la voiture sera notre monture pour la première étape. Il y a bien celle de la vieille tante, garée depuis des lunes rue d’Issarès. Un rapide état des lieux s’impose, à 23 h dans une rue lyonnaise sous-éclairée: CT expiré, batterie à plat et réserve en bout de course. Un bon plan d’étudiant, en somme! Contre toute espérance, nous réveillons la bête endormie, grâce à la complicité impromptue d’une vingtaine de jeunes passés par là. Les braves gens, en poussant la guimbarde, ont certainement cru grossir les chiffres du vol organisé (“tu l’as tirée, ta caisse ou quoi?”). Comme quoi, sur un malentendu, tout peut se faire!

Nous partimes donc 3, tente et sac au dos. Le GO de la sortie nous le répète bien, la difficulté du parcours est infime. Face à l’objection du référentiel pensé comme un guide de marché d’été, la réponse tombe, imparable: “La neige, ralentir notre train? Au contraire, elle assure le pied en montagne!” Le moindre bon sens montagnard l’aurait pondue, cette réponse. Il est bien naturel qu’un précipice enneigé présente moins d’aspérités (de difficultés, naturellement!) qu’une pente pierreuse et délitée…

Après une journée de marche, nous arrivons au bivouac en bordure de lac, exténués. A peine la tente plantée, la prophétie se rappelle à nous, glaciale et vengeresse: En un instant, les sommets s’adoucissent, le lac se couvre d’ouate et notre tente s’alourdit. Quelques heures après, au bout d’une nuit de neige ininterrompue, la question de survie de base ne se fait pas attendre: D’où venons nous? 30 cm de neige et un brouillard à y perdre sa belle mère (non, vraiment, la proposition ne tome pas au bon moment), c’en est trop pour nos systèmes de navigation embarqués. On aurait au moins pu se fendre d’une boussole, non?

Une fois blizzard dissipé, le 3G revient à 2 500m d’altitude. J’ai toujours su que Steve Jobs me sauverait la vie!! L’euphorie du salut est pourtant de courte durée: A y regarder de plus près, je trouve Google Maps bien ironique en nous faisant remarquer qu’on a “dormi” à 200m d’un refuge self service…

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2 thoughts on “Quand le trek devient trac’…

  1. on reste sur notre faim Ronan !! raconte plus je crois que tu en as eu bien d’autres de mésaventures non ?? ! en tout cas ton site est super!

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